
LA SUISSE VENDUE À LA DÉCOUPE
Imaginez la Suisse au milieu d’une guerre qui s’étend. Un pays demande sa médiation. L’autre répond : « Vous avez déjà choisi votre camp. »
Que vaudra, ce jour-là, le communiqué de Berne affirmant que nous sommes toujours neutres ?
C’est cette question que le vote d’hier aurait dû placer au centre du débat.
À la place, la gauche a brandi Poutine pour salir l’initiative. Le PLR et Le Centre ont promis que notre neutralité serait mieux servie par la « souplesse » du Conseil fédéral.
Le non a gagné jusque dans les campagnes : on ne peut même pas se rassurer en accusant quelques villes de gauche.
La « souplesse » et la « compétitivité » : au PLR, ces mots ouvrent toutes les portes. Le citoyen attend encore d’en voir les miracles. Peut-être regarde-t-il simplement dans le mauvais porte-monnaie : celui des gens du PLR offrirait sans doute une vue plus flatteuse sur la performance.
Nous venons donc de confier notre bien le plus fragile à une Berne qui, après le Covid, les drones et le F-35, a fait de « nous n’aurions jamais pu prévoir » une méthode de gouvernement. Elle décidera quelles sanctions reprendre, jusqu’où coopérer avec des alliances et combien de concessions notre neutralité peut supporter avant de cesser d’être crédible.
Bruxelles défendra ses intérêts. Les grandes puissances défendront les leurs. Qui défendra les nôtres quand nos propres partis de gouvernement traiteront l’indépendance suisse comme une gêne à assouplir ?
Nos ancêtres nous ont laissé un pays dont la parole pouvait compter précisément parce qu’elle n’était dictée par personne.
Les patricides politiques qui dilapident cet héritage pourront encore se dire neutres devant les caméras.
Mais le jour où personne ne les croira, ce n’est pas leur réputation que nous aurons perdue. C’est la nôtre.
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